En 2007, lorsque s’initie le projet H.A.B.I.T.E.R., mon objectif était purement photographique et documentaire, il s’agissait de montrer quelque chose qui me préoccupait et qui prenait chaque année plus d’ampleur: l’habitat précaire occupant soit la rue soit des lieux refoulés. Au fil de ma déambulation, j’ai été ému par de vieilles maisons éventrées, typiques des remodélations urbaines, et qui font surgir dans la rue une intimité sous la forme de tapisseries d’intérieur. A partir de ces découvertes et de ces émotions s’est ancré en moi l’idée d’aller plus loin que le simple constat et aussi plus loin que la photographie. A l’instar de Tadashi Kawamata, de Francis Alÿs, d'Ernest Pignon Ernest, de Daniel Buren ou encore de Krisztof Wodizcko qui, chacun à leur façon, ont posé la question de l’implication de l’artiste dans l’espace public, en forme de performance, j’ai choisi d’orner de papier peint des lieux communs et/ou abandonnés de la ville pour produire une inscription nouvelle et convoquer l’« habiter » en tant que fonction critique et poétique. Le refoulé urbain devient soudainement familier et plus accueillant. L’intérieur pénètre l’extérieur à sa façon : fleurie ou rayée. Tapisser la rue pour faire naître le « chez soi », photographier les intérieurs béants de ceux qui l’habitaient et les gites précaires de ceux qui y vivent réellement, matelas à l’air libre, toits de vent et de pluie, murs de carton ou de bois, H.A.B.I.T.E.R. est aussi l’occasion d’une déambulation mélancolique, un sentiment sur un certain état de la ville. Cette action est filmée et photographiée, afin d’en restituer une trace qui sera ensuite incorporée à une installation composée de tapisserie aux murs de la galerie, de photographies et d’un document vidéo.

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